Le projet covoiturage à Mongré : quel bilan ?

Cette année, dans le cadre de la démarche du label éco-responsable, la formation des éco-délégués s’est donné pour priorité de sensibiliser les élèves à l’éco-mobilité, à l’utilisation des transports en commun et au co-voiturage. Cette opération a été conduite en partenariat avec la CAVIL soucieuse elle- aussi  de sensibiliser les populations à l’usage des transports en commun afin de réduire la circulation automobile dans l’agglomération de Villefranche et d’améliorer ainsi sa fluidité. Notre collaboration a permis d’équiper  toutes les classes du lycée de cartes du plan de circulation des bus au sein de la CAVIL (Communauté d’agglomération de Villefranche Sur Saône) et dans la région urbaine de Lyon.

Grâce à ces supports, dès le retour des vacances d’hiver,  Les éco-délégués du lycée ont pu, dans leurs classes respectives faire un travail d’investigation pour identifier la provenance géographique de leurs camarades de classe, s’intéresser à leur mode de transport, collectif ou individuel (bus, train ou voiture, co-voiturage). Par un système de gommettes colorées, ils ont légendé ces cartes murales  affichées dans la classe afin de bien faire ressortir, visualiser l’origine de chacun qui pouvait parfois dépasser les limites des communes relevant de la CAVIL.

Le principe visait à terme à mettre éventuellement en réseau les élèves provenant de la même aire géographique au sein d’une classe voire au sein d’un même niveau de classes.

Quel bilan au terme de cette première phase de sensibilisation ?

Selon les classes, particulièrement pour les plus jeunes, en seconde, le projet a été accueilli  sans grand enthousiasme pour plusieurs raisons.

-les élèves pour beaucoup  sont  déjà autonomes ou organisés dans leurs déplacements : ils empruntent le bus lorsqu‘ils résident à Villefranche et ses environs ou pratiquent déjà le co-voiturage (ou empruntent le train) lorsqu’ils résident plus loin en marge de la CAVIL.

-Certains se disent « lassés » par les enjeux  du développement durable qui ont envahi toutes les disciplines !

En revanche, les premières et les terminales ont signalé que leurs camarades de classe étaient plus sensibles à la dimension sociale, « conviviale » de cette opération.

C’est sans doute, ce volet  qu’il convient désormais de mettre en avant pour prolonger et amplifier ce projet. Peut-être que la hausse des carburants pourrait aussi contribuer à terme à modifier les habitudes de chacun….

Aide humanitaire et lutte contre le réchauffement climatique : même combat pour les élèves de 5ème 8

« C’est souvent l’image d’un ours polaire hagard sur un pan de glace rétréci qui symbolise l’impact  des changements climatiques. Comme si, hélas les hommes n’étaient pas eux aussi, et au premier chef, affectés par ce phénomène… Parce qu’ils agissent sur les causes fondamentales de la malnutrition (l’insécurité alimentaire, l’accès à l’eau réduit), les changements climatiques viennent grossir les rangs des victimes de la malnutrition. Résultat : on estime que la sous-nutrition infantile sera de 20% supérieure à ce qu’elle aurait été en l’absence de changement climatique d’ici 2050. Aujourd’hui, la sous-nutrition tue 10 000 enfants par jour. Combien seront-ils demain si nous ne faisons rien aujourd’hui ? »

Nous avons trouvé ces mots sur le site d’Action contre la faim : http://www.actioncontrelafaim.org et avons décidé d’agir concrètement pour aider les gens qui souffrent de la faim en récoltant de l’argent mais aussi en sensibilisant nos concitoyens au réchauffement climatique dont les pays en voie de développement sont les premières victimes.

« Au cours de la dernière décennie, le nombre de personnes exposées aux catastrophes dites « naturelles » a triplé. Les pays en voie de développement sont les plus touchés, tant par la fréquence de ces désastres que par le nombre de victimes. Une personne sur 19 est affectée dans ces pays, contre 1 personne sur 1500  dans les pays riches ! D’ailleurs, ce sont souvent les pays ou populations qui émettent le moins de carbone  qui, injustement, souffrent le plus des changements climatiques. »

Dès l’automne, les élèves de 5ème 8 se sont mis à l’action.

« En novembre 2011, nous avons eu le projet de réaliser des cartes de vœux. Sur du papier recyclé, nous avons illustré des slogans que nous avions recherchés sur le thème du développement durable et de l’entraide. En voici quelques-uns : « partageons nos cadeaux, partageons nos richesses », « préservons la nature notre plus beau cadeau » ou encore « la terre est lourde, portons là ensemble ». Nous avons vendu ces cartes au marché de Noël écolo, bio et équitable et avons récolté une belle somme d’argent (169,44 €) que nous avons décidé d’envoyer à Action contre la faim. Pourquoi avons-nous choisi cette association ? Parce qu’elle explique bien le lien entre la dégradation de l’environnement et l’augmentation de la sécheresse et de la malnutrition. Nous avons d’ailleurs travaillé sur cela dans notre programme d’histoire-géographie. Envoyer ce chèque à Action contre la faim est une façon pour nous de soutenir leur engagement et de les remercier. »

Une femme d’exception à Mongré

Rencontre philosophique et sociale au CDI

Dans le cadre des cours de philosophie et d’économie de terminale, les classes de TLES2 et TES1 ont eu la chance de rencontrer Cécile Renouard, lors d’une conférence qui a eu lieu le 22 mars 2012 au CDI.

Cécile Renouard, religieuse de l’Assomption, diplômée de l’ESSEC (grande école de Commerce) et docteur en philosophie est l’auteur de plusieurs ouvrages. Dans ses travaux, elle s’interroge sur la responsabilité sociale et écologique des agents économiques. C’est dans cette démarche interrogative qu’elle parcourt le monde depuis une vingtaine d’années et effectue des enquêtes dans de grandes entreprises.

Une religieuse qui travaille avec Total et Danone étonne ! Pourtant cette démarche est logique sachant que ses recherches ont pour but d’améliorer les relations entre populations locales et entreprises internationales et de contribuer à une réflexion sur les conditions d’un partage durable et équitable de la richesse créée.

C’est à la suite d’études sur le terrain qu’elle a observé que les firmes étrangères s’installent dans un pays en développement sans savoir comment se comporter avec la population locale. Ce problème engendre souvent des différends avec les autochtones en raison des inégalités créées. Mais en quoi consistent ces inégalités et quels problèmes présentent l’implantation des firmes dans des pays en développement? Plusieurs aspects sont ici à prendre en compte: le développement durable (dans toute la complexité du terme) et la responsabilité des entreprises. L’expression « développement durable » comprend ici aussi bien la gestion interne de l’entreprise que son rapport avec ses parties prenantes locales et l’environnement. L’enjeu est donc de taille et les entreprises rencontrent une multitude de problèmes à gérer! Dans leurs rapports aux populations locales, la question est ambiguë: d’une part les entreprises doivent, en s’installant dans un pays, être en règle avec les autorités, et d’autre part elles se doivent de gérer leur intégration dans la société locale. Parfois l’univers de l’entreprise reste très externe à la vie locale, et ne propose guère d’emploi à la population. Des accords sont passés avec l’Etat en question au sujet des mesures sociales, économiques et environnementales à respecter. Dans le cas de pays en voie en développement, l’Etat rencontre parfois des difficultés à imposer aux entreprises des mesures strictes (soit en raison d’une corruption interne à l’Etat soit à cause de la fragilité du gouvernement). Les responsables des firmes – notamment les entreprises extractives – passent dans certains cas des accords à l’amiable avec les dirigeants des différentes communautés, ce qui peut entrainer des pratiques clientélistes qui  engendrent des inégalités de richesse au sein des populations locales et divisent les individus. Même le développement d’infrastructures bénéfiques aux populations peut avoir des effets ambivalents. D’un côté, les écoles ou établissements médicaux sont nécessaires dans ces pays et peuvent être une façon pour ces firmes de se faire accepter par les populations. Mais de l’autre, les entreprises dépassent souvent, dès leur installation, leur domaine de compétence en remplaçant les pouvoirs publics défaillants sans assumer ce qui relève de leur responsabilité à l’égard des conséquences négatives, directes et indirectes, de leur activité : pollution, nuisances, transformations sociales, etc.

Cécile Renouard dénonce l’approche imprécise de ces entreprises lorsqu’elles abordent la question de développement durable. Comment savoir si elles recherchent une croissance durable de leurs activités, gage de maximisation du profit pour les actionnaires, ou une contribution éthique à leur aire d’influence ; quelle est donc la responsabilité de ces firmes ?

Sœur Cécile et ses collègues sont ainsi intervenus au Nigeria, en Indonésie et en Inde dans l’optique d’améliorer les liens entre les populations locales et  les firmes.

Dans le cadre professionnel ainsi que dans sa vie personnelle, Sœur Cécile s’intéresse à la qualité du lien social. Le bonheur et le bien-être sont en effet fortement conditionnés par la qualité des relations humaines. À la suite de ce constat, et dans la ligne de travaux d’économistes et de philosophes comme Amartya Sen et Martha Nussbaum, un nouvel indicateur a été mis au point. Il se base sur des critères innovants et cherche à mesurer la qualité des relations humaines. Nommé « indicateur de Capacité Relationnelle »,  il rappelle que ce qui rend heureux est la qualité des relations humaines.

Dans ses différents ouvrages Cécile Renouard propose avec réalisme et optimisme des solutions alternatives à l’économie capitaliste du monde. Le modèle contemporain semble s’asphyxier de lui même, aussi est-il logique de s’interroger sur les actions à entreprendre pour reprendre en main cette situation qui nous échappe, pour favoriser un vivre-ensemble durable pour tous.

Ses différents ouvrages traitent d’économie et d’éthique et sont parfois co-écrits par des spécialistes de divers secteurs. En décembre 2008, en pleine crise financière, Cécile Renouard et d’autres personnalités sensibles à l’avenir économique se sont réunies dans le but de proposer des réformes du capitalisme contemporain. Qu’ils soient mathématiciens ou chefs d’entreprises, philosophes ou praticiens des marchés financiers, ils se sentent concernés par le futur de notre économie. De ce fait, différents sujets ont été abordés et regroupés dans l’ouvrage : Vingt propositions pour réformer le capitalisme, 2012 (3ème édition) aux éditions Flammarion. Aujourd’hui, la situation est en effet extrêmement préoccupante, mais quelles sont les actions menées pour l’améliorer ? Est-ce la remise à flot des banques aux frais des contribuables ? Quel avenir ces manœuvres économiques nous promettent-elles? Pour les différents auteurs de cet ouvrage (Gaël Giraud, Cécile Renouard…) il faut proposer de réels changements, quitte à bouleverser l’ordre contemporain. Il s’agit par exemple de proposer un contrôle financier et extra-financier des entreprises (proposition 3) ou encore d’établir une finance au service de l’économie (proposition 10). Ces propositions, loin d’être utopistes prennent en compte la question de l’environnement. L’avenir ne peut pas contourner l’écologie, non pas parce que c’est « la mode » mais parce que ce sera une composante inéluctable de l’économie. De ce fait sont proposées de nombreuses alternatives, telles que « intégrer les impacts environnementaux et sociaux des entreprises dans l’analyse financière et dans l’investissement » (proposition 4). Cet ouvrage montre qu’un avenir est possible pour l’économie et qu’il s’agit juste de trouver la voie ou les voies qui assureront un équilibre pérenne.

Il était donc intéressant, lors de cette rencontre, de voir que s’engager dans la religion et être actif dans le milieu de l’économie et des multinationales n’est pas incompatible! « Bien au contraire! » semble nous dire Cécile Renouard dans un sourire.

Les élèves ayant participé à l’échange tiennent à remercier Cécile Renouard de sa visite à Mongré et des moments d’échanges partagés

Alix Bougain et Christelle Laplanche